CONCOURS D’ENTRÉE À L’ESSA — SCIENCES AGRONOMIQUES, AGRO TANA (ANKATSO), ANTANANARIVO
Sessions 1998 à 2007 — 10 sujets, énoncés transcrits
L’épreuve de français du concours d’entrée à l’ESSA dure une heure et s’appuie sur un texte à résumer, expliquer puis discuter. Cette page réunit les sujets 1998 à 2007, session par session, chaque énoncé transcrit en entier et son scan d’origine. Les textes interrogent la civilisation technique et l’agriculture, le développement de Madagascar et la société.
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Énoncé — session 1998 transcrit depuis le sujet scanné
LA CIVILISATION TECHNICIENNE
La civilisation occidentale est condamnée à être heureuse ou disparaître. Elle s’est donnée les bases matérielles du bonheur, situation sans précédent dans l’histoire humaine, mais tous ces projets restent sur le plan des moyens : l’objectif ultime paraît toujours aussi éloigné.
Aujourd’hui les machines sont admirables et les visages fermés. Nous avons la technologie ; il nous manque le sourire. Si les sociétés industrielles continuent à concentrer leurs efforts sur le progrès technique, elles se heurteront à des obstacles de plus en plus redoutables et laisseront chacun de plus en plus insatisfait. Si au contraire elles utilisent la technologie pour créer un monde d’aménité, de fraternité, d’équité, elles apporteront un bonheur authentique et du même coup, elles conjureront les périls qui les menacent.
Malheureusement « civilisation technicienne » n’est encore qu’une « pseudo civilisation ». Elle n’a de projet que pour les choses et non pour les hommes.
François de Closets, Le bonheur en plus, Éditions Denoël
I. Compréhension du texte (06 points)
II. Étude lexicale et syntaxique
III. Développement (02 points)
À quelles conditions la civilisation technicienne peut-elle apporter le bonheur ?

Énoncé — session 1999 transcrit depuis le sujet scanné
LES PROBLÈMES DE L’AGRICULTURE AFRICAINE
La principale théorie avance que les grands problèmes de l’agriculture africaine sont techniques et culturels.
Une technique appropriée peut aider à surmonter la plupart, sinon la totalité des limites et des contraintes qu’impose l’environnement à l’agriculture. Mais la technique doit être comprise, utilisée et approuvée dans un contexte culturel.
Autrement dit, si la technique et le comportement culturel à l’égard de l’agriculture ne subissent pas ensemble de profondes transformations, la production agricole de l’Afrique restera inférieure à la demande au moins jusqu’à la fin de ce siècle.
La faible productivité de l’agriculture à la houe pratiquée en Afrique tropicale est due principalement au fait que la majeure partie des travaux agricoles sont effectués par les femmes et les enfants, c’est-à-dire par une main-d’œuvre généralement écrasée de travail et qui souffre généralement de malnutrition.
Contrairement à cette main-d’œuvre surmenée, la population mâle est généralement sous-employée. Cela est dû, en partie, à des us et coutumes qu’il est difficile de transformer.
Louis Mihayl, Forum du développement, mai 1985
Questions


Énoncé — session 2000 transcrit depuis le sujet scanné
(Discours du conseiller aux comices agricoles)
Qu’il me soit permis, dis-je, de rendre justice à l’administration supérieure, au gouvernement, au monarque, messieurs, à notre souverain ; à ce roi bien-aimé à qui aucune branche de la prospérité publique ou particulière n’est indifférente, et qui dirige à la fois d’une main si ferme et si sage le char de l’État parmi les périls incessants d’une mer orageuse.
Partout fleurissent le commerce et les arts, partout des voies nouvelles de communication comme autant d’artères nouvelles dans le corps de l’État, y établissent des rapports nouveaux…
Et qu’aurai-je à faire, messieurs, de vous démontrer ici l’utilité de l’agriculture ?… Qui n’a souvent réfléchi à toute l’importance que l’on retire de ce modeste animal, ornement de nos basses-cours, qui fournit à la fois un oreiller moelleux pour nos couches, sa chair succulente pour nos tables et ses œufs ? Mais je n’en finirais pas s’il fallait énumérer les uns après les autres les différents produits que la terre bien cultivée, telle une mère généreuse, prodigue à ses enfants.
Gustave Flaubert, Madame Bovary, II, 8
I. Compréhension du texte (6 pts)
II. Étude lexicale et syntaxique (4 pts)
III. Développement (10 pts)
L’agriculture peut-elle être la base du développement d’un pays ? Développez.

Énoncé — session 2001 transcrit depuis le sujet scanné
LA MACHINE AUX CHAMPS
La machine est la grande conquête de la jeunesse rurale, conquête fervente qui a en partie arrêté son exode. Car il ne s’agit pas seulement d’apprécier l’accélération dans les travaux, le soulagement des peines qui se transmettaient d’âge en âge, mais de saisir le goût nouveau pour la mécanique. Goût qui se révéla souvent durant le service militaire.
Aujourd’hui, un pauvre paysan ne peut voir une machine agricole sans s’arrêter devant elle, en supputer l’utilité, la facilité de conduire. De savoir qu’elle est faite pour lui, qu’il pourrait la posséder, lui vient une sorte de fierté. Il n’est plus l’homme gauche devant le fer et l’acier, les moteurs et les boulons, longtemps apanage des ouvriers des villes. Il revient à la maison les mains pleines de prospectus, ayant gardé la vision d’une démonstration de motoculture qu’il expliquera le soir après souper aux anciens.
Pourtant la machine, elle aussi, brise parfois le corps et l’esprit qui la dominent. Labourer au tracteur demande non seulement une attention soutenue, mais de la résistance.
Inflexiblement cependant, l’évolution s’accomplit aux champs et la mentalité s’en trouve modifiée. Autour de moi les attelages diminuent. Bientôt mes fils ne sauront plus dresser les bœufs : ils ne précéderont plus, l’aiguillon prêt, une paire de jeunes bêtes, indocile et inquiète, secouant parfois, étonnée, la pièce de bois qui les joint.
J. de Pesquidoux
Questions
Développement
Mettre les machines aux champs peut-il suffire à améliorer les conditions de travail des paysans ? Répondez à la question tout en argumentant sur les solutions que vous allez avancer.


Énoncé — session 2002 transcrit depuis le sujet scanné
VIOLENCE ET INDIFFÉRENCE
Un soir de novembre, en sortant du métro, j’entendis en même temps aboyer un chien et hurler une femme. Les gens s’enfuyaient et, dans le wagon, il ne resta que le chien, la femme qu’il avait mordue et le propriétaire du chien qui disait : « ça n’a pas d’importance, je suis assuré ».
Cette anecdote aurait fait le sujet d’une fable si l’on écrivait encore des fables. Pour résister à la violence, comment compter sur des hommes qui ont peur des chiens ? Et de quoi pourrait être responsable quelqu’un qui est régulièrement assuré ? Quant à nous, braves gens qui payons des impôts, nous n’avons pas à assurer l’ordre dans les lieux publics.
Pensons à ce gardien de stade que des bandes d’adolescents attaquaient sans cesse et qui a fini par prendre son fusil. Lorsque le mal est fait, lorsque le persécuté a tiré, lorsque la police est arrivée, lorsque le tireur a été emmené en prison, et la victime à l’hôpital, alors la foule commente et répartit les responsabilités. Mais combien se demandent : « Et si c’était aussi de notre faute ? » Il y a les parents, les policiers, les magistrats qui font mal leur métier. Et les voisins ? Bien sûr, tout le monde ne peut s’occuper de tout mais quand même, il y a trop de gens qui détournent la tête.
L’histoire nous égare quand elle nous montre le Mal sous forme de dictateurs, de tortionnaires et de terroristes… Le plus grave c’est l’abstention des bons citoyens et souvent la lâcheté de ceux que l’on croyait être des amis et qui se dérobent lorsqu’on appelle au secours.
Le pire n’est pas la violence mais l’indifférence qui permet la violence.
D’après Jean-Marie Domenach, D.R.
I. Compréhension du texte
II. Grammaire
III. Développement
À l’opposé de ce journaliste, composer une anecdote qui donnera un exemple de solidarité (100 à 120 mots).


Énoncé — session 2003 transcrit depuis le sujet scanné
Les nouvelles technologies ont toujours leurs revers, et elles engendrent, sauf de rares occasions, le chômage. Qu’il s’agisse de la production commandée par des ordinateurs dans les pays industrialisés ou de la mécanisation dans les pays en voie de développement, les nouvelles technologies menacent toujours les emplois existants. Cette menace est d’autant plus douloureuse pour les pays du tiers monde que le chômage y sévit et qu’il n’y a pas de solution de remplacement aux méthodes à forte intensité de main-d’œuvre. Certes, l’euphorie qu’on observe au début dans certains pays en voie de développement pour une mécanisation à outrance s’évanouit à un rythme rapide. Mais d’un autre côté, on est arrivé aujourd’hui, même dans les pays du Tiers-monde, à un stade de développement où un accroissement durable de la production n’est plus possible que par le biais des technologies requérant d’importants investissements en capitaux.
Toutefois, une chose est certaine : si l’utilisation du capital, c’est-à-dire l’introduction de technologies agricoles modernes, se réalise au détriment de la main-d’œuvre à la fois nombreuse et bon marché dans le Tiers monde, cette rénovation conduira nécessairement le bilan global de l’économie à des pertes substantielles…
La mécanisation de l’agriculture dans les pays du Tiers-monde, in Revue du Développement et coopération n° 579
Questions
Développement
À votre avis, devrait-on refuser l’introduction de technologies nouvelles pour éviter le chômage ? Argumenter votre point de vue.

Énoncé — session 2004 transcrit depuis le sujet scanné
LA SEULE MANIÈRE DE BIEN VISITER
L’automobile est un excellent et agréable engin de transport rapide d’un point à un autre, mais un détestable moyen d’investigations. Jamais on n’a tant voyagé, et jamais aussi les gens n’ont moins profité de leurs voyages. Ces malheureux qui avalent pêle-mêle des kilomètres et des sauces sophistiquées dans des auberges d’opéra-comique traversent la moitié de la France, 6 provinces, 30 villes, 400 villages, 20 siècles d’histoire, de légendes, de coutumes, de vieux terroir, de finesse paysanne ; sans en retirer d’autres souvenirs que ceux d’un embarras gastrique et de trois pneus crevés.
C’est presque une banalité de répéter que la seule manière adéquate de visiter certaines régions, c’est de les parcourir à pied. D’abord, parce que la marche en elle-même aiguise à la fois l’appétit et l’intellect autrement que les coussins d’une automobile, et place naturellement le voyageur dans un état de réceptivité qui multiplie l’intérêt de tout ce qu’il rencontre. Ensuite, parce que ce moyen-là est lent, exige un effort personnel, permet d’entrer en contact avec les choses et les gens d’une manière progressive et intime. Et ceci est encore plus agréable qu’ailleurs, en montagne, où l’extrême diversité des aspects, l’abondance des détails pittoresques ou humains sont dignes d’attirer à chaque instant l’attention de l’observateur. À pied, un arbre est un arbre avec sa peau rugueuse, une fourmilière peut être entre deux racines et un écureuil charbonnier dans les branches. En voiture, c’est une ombre parmi des centaines d’ombres toutes pareilles, quelque chose qui ne mérite même pas un regard. À pied, tout prend un sens ; tout chante son petit couplet. Chaque brin d’herbe a son criquet, une montée monte. Une source, c’est une aubaine délicieuse. Un faucheur dans un pré, c’est un homme et non un vague accessoire à peine entrevu. Le monde se subdivise à l’infini, relève à chaque seconde des visages dont on ne soupçonnait même pas l’existence, éveille l’intérêt par cent détails inattendus. Mais la vitesse unifie tout.
Questions


Énoncé — session 2005 transcrit depuis le sujet scanné
Le chemin est encore long. L’éradication de la pauvreté à Madagascar n’est pas pour demain, si l’on se réfère aux dernières statistiques de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Six Malgaches sur dix manquent de nourriture, en quantité comme en qualité. Plus de 59 % de la population est touchée par l’insécurité alimentaire chronique. Les enfants de moins de cinq ans y sont les plus vulnérables.
« Dans le monde, le phénomène de la sous-alimentation touche encore 850 millions d’âmes, dont une grande partie en Afrique », souligne le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, à l’occasion du sommet des Nations Unies. Et ce dernier de mentionner que les causes de la pauvreté et de la faim sont inextricablement liées.
Près de 80 % de la population malgache vit en milieu rural et dépend de la productivité rizicole pour la sécurité alimentaire. Alors qu’un déclin des investissements dans le développement rural a été constaté ces dernières années.
Conformément à la déclaration de Maputo sur l’agriculture et la sécurité alimentaire en Afrique, ratifiée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine dans le cadre du NEPAD, au moins 10 % des investissements devraient être affectés au développement du secteur agricole. Or le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche n’y réserve aujourd’hui qu’environ 6 % du total des dépenses publiques exécutées.
Par ailleurs, le niveau d’investissement programmé pour les années 2004-2006, qui coïncide avec le lancement du Document stratégique pour la réduction de la pauvreté (DSRP), devrait être de l’ordre de 10,5 % alors qu’il n’était que de 7 % du PIB entre 1999 et 2000.
Le même document indique que pour parvenir à réduire de moitié le taux de pauvreté à l’horizon 2015, les ressources en matière d’investissements publics à mobiliser devraient s’élever à 2 468 millions de dollars US pour l’agriculture, l’élevage et la pêche.
Le directeur général de la FAO épouse la décision prise à Maputo. « Pour éradiquer les racines de la pauvreté, l’augmentation des investissements dans le secteur agricole est primordiale. Ceci, étant donné que 80 % de la population en Afrique vit dans les zones rurales et de l’agriculture », conclut-il.
Article écrit par Henitsoa Andriamiarisoa, L’Express de Madagascar, 16 septembre 2005
I. Étude morpho-syntaxique
II. Compréhension


Énoncé — session 2006 transcrit depuis le sujet scanné
On a longtemps considéré – notamment les économistes américains – que l’urbanisation était d’elle-même favorable au développement agricole. Ces économistes faisaient valoir que l’élévation des revenus dans les villes est particulièrement rapide, ce qui, disaient-ils, provoque la demande de produits agricoles diversifiés ; que cette augmentation de revenu permet de dégager une épargne susceptible d’être investie dans l’agriculture ; qu’enfin l’urbanisation provoque un brassage d’idées et de population favorable au progrès agricole.
En réalité, on a constaté que, s’il y a effectivement demande de produits agricoles diversifiés, cette demande ne porte pas spontanément sur des produits que l’agriculture est en mesure de fournir. Dans les pays du mil, en particulier, les habitudes de consommation des nouveaux habitants des villes s’inspirent de celles des milieux européanisés et s’orientent vers le pain fabriqué avec du blé et obligatoirement importé.
En second lieu, il a été prouvé que les investissements de la population urbaine vont, dans la plupart des pays, en dernier lieu vers l’agriculture, bien après les spéculations immobilières, le commerce et l’industrie…
Enfin, l’observation des zones périphériques des grandes métropoles montre que, contrairement à ce qui était attendu, les incidences de la civilisation urbaine sur la technologie et la rationalisation de la conduite des exploitations sont extrêmement faibles.
En réalité, l’urbanisation a plutôt un effet global négatif sur l’agriculture dans la mesure où celle-ci est paysanne ; elle amène les nouveaux urbains à considérer le mode de vie paysan comme barbare et par conséquent à reléguer, dans l’échelle des valeurs, l’agriculture au dernier rang des activités.
Jacques Mayer et Louis Deschamps, in L’Agriculture tropicale, collection « Que sais-je ? »
Questions sur le texte


Énoncé — session 2007 transcrit depuis le sujet scanné
Les grands problèmes de l’agriculture africaine sont techniques et culturels plutôt qu’écologiques. Ainsi, une technique appropriée peut aider à surmonter la plupart, sinon la totalité des limites et des contraintes que l’environnement impose à l’agriculture.
Mais la technique doit être comprise, utilisée et approuvée dans un contexte culturel. Autrement dit, si la technique et le comportement culturel à l’égard de l’agriculture ne subissent pas ensemble de profondes transformations, la production agricole de l’Afrique tropicale restera inférieure à la demande au moins jusqu’à la fin de ce siècle.
La faible productivité de l’agriculture à la houe pratiquée en Afrique tropicale est due principalement au fait que la majeure partie des travaux agricoles sont effectués par les femmes et les enfants, c’est-à-dire par une main-d’œuvre généralement écrasée de travail et qui souffre le plus souvent de malnutrition et de toute une variété de maladies. La population mâle est généralement sous-employée ou purement inactive. La transformation du comportement du mâle africain envers le travail manuel est loin d’être satisfaisante. Malheureusement, cela est dû en partie, mais œuvrant, à des us et coutumes qu’il est difficile de transformer. Un moyen d’accroître la production agricole serait de généraliser l’irrigation. Les projets d’irrigation pourraient être fondés sur des techniques à forte utilisation de main-d’œuvre ou de capital.
Toutefois, on se heurte à de nombreux obstacles. En général, l’Afrique n’a que peu ou pas d’expérience de l’irrigation… Les techniques nouvelles et inconnues à utiliser nécessitent à la fois davantage de travail et un travail continu. Étant donné les contraintes culturelles, l’irrigation risque fort d’être mal accueillie. Par-delà ces difficultés, le choix du moment où irriguer et l’application minutieuse des méthodes d’irrigation pourraient se révéler difficiles à accepter et à maîtriser dans un contexte culturel où la notion de temps est quelque peu floue ; ce qui veut dire que l’on peut espérer que l’application des mesures techniques précises puisse se prolonger longtemps.
Louis Mihalyol, dans le « Forum du développement », mai 1985
I. Étude morphosyntaxique
II. Compréhension

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