SUJET I : Est-ce par la science que peut réparer ce que la science a détruit ?
Introduction
La science moderne a transformé nos conditions de vie de manière spectaculaire, mais elle a aussi engendré des destructions considérables : dégradation environnementale, armes de destruction massive, aliénation technologique. Face à ces dégâts, peut-on espérer que la science elle-même apporte les solutions ? Cette question interroge la nature et les limites du progrès scientifique.
Problématique : La science possède-t-elle en elle-même les moyens de corriger ses propres effets destructeurs, ou faut-il chercher des solutions ailleurs ?
I. La science peut réparer ses dégâts
A. Les solutions techniques aux problèmes techniques
La pollution industrielle peut être combattue par des technologies propres. Les énergies renouvelables remplacent progressivement les énergies fossiles. La médecine répare les dommages causés par d’autres technologies.
B. Le progrès scientifique est cumulatif
Chaque découverte ouvre de nouvelles possibilités. Les erreurs d’hier deviennent les leçons d’aujourd’hui. La science apprend de ses échecs (Karl Popper : falsifiabilité).
II. Les limites de la solution scientifique
A. Le problème des effets secondaires
Chaque solution technique engendre de nouveaux problèmes (Hans Jonas). Les pesticides tuent les pollinisateurs ; les plastiques biodégradables créent d’autres pollutions. C’est une fuite en avant perpétuelle.
B. La science est neutre, pas ses usages
La science ne décide pas de ses applications. Ce sont les choix politiques, économiques et éthiques qui orientent la recherche. La bombe atomique n’a pas été créée par la science seule, mais par des décisions humaines.
III. Une nécessaire complémentarité
A. L’éthique comme guide
Hans Jonas propose le “principe responsabilité” : agir de sorte que les effets de notre action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre.
B. La sagesse pratique
Aristote distinguait la science (episteme) de la sagesse pratique (phronesis). Réparer les dégâts de la science exige non seulement des moyens techniques, mais aussi une réflexion sur les fins.
Conclusion
La science peut contribuer à réparer certains de ses dégâts, mais elle ne peut le faire seule. La technique doit être guidée par l’éthique, la politique et une réflexion sur le sens du progrès. La vraie solution réside dans une alliance entre connaissance scientifique et sagesse humaine.
SUJET II : « Philosopher, c’est douter » (Descartes)
Introduction
René Descartes, dans son entreprise de refondation de la philosophie, a fait du doute méthodique le point de départ de toute connaissance certaine. Mais peut-on réduire la philosophie au seul exercice du doute ? Le doute n’est-il qu’un moyen ou constitue-t-il l’essence même de la démarche philosophique ?
I. Le doute comme méthode philosophique
A. Le doute cartésien
Descartes pratique un doute “hyperbolique” : douter de tout ce qui peut être mis en doute, y compris les sens et les mathématiques. Ce doute n’est pas sceptique mais méthodique : il vise à trouver une certitude indubitable.
B. Le cogito comme fruit du doute
“Je pense, donc je suis” : la première certitude émerge du doute lui-même. En doutant, je prouve que j’existe comme être pensant. Le doute est donc fécond.
II. Les limites du doute
A. Le doute ne peut être absolu
Même Descartes ne doute pas qu’il doute. Le doute présuppose des règles logiques, un langage, une capacité de jugement. On ne peut douter de tout simultanément (Wittgenstein).
B. La philosophie va au-delà du doute
Philosopher, c’est aussi affirmer, construire, créer des concepts (Deleuze). Spinoza construit un système métaphysique positif. Nietzsche affirme la vie. Le doute n’est qu’une étape.
III. Le doute comme attitude permanente
A. L’esprit critique
Kant invite à “oser penser par soi-même” (Sapere aude). Le philosophe refuse les préjugés et les dogmes. En ce sens, le doute est une disposition permanente de l’esprit philosophique.
B. L’étonnement plus que le doute
Pour Aristote et Platon, la philosophie naît de l’étonnement (thaumazein), non du doute. S’étonner devant le monde, c’est questionner, pas nécessairement douter.
Conclusion
Le doute est un moment essentiel de la démarche philosophique, mais il n’en est ni le commencement ni la fin. La philosophie naît de l’étonnement, passe par le doute critique, et vise la construction d’une pensée cohérente et vraie.
SUJET III : Commentaire — Pascal, Pensées (Justice et Force)
Introduction
Dans ce fragment célèbre des Pensées, Blaise Pascal analyse le rapport entre justice et force dans l’organisation politique. Il met en lumière un paradoxe : la justice sans force est impuissante, mais la force sans justice est tyrannique. Comment concilier ces deux exigences apparemment contradictoires ?
I. L’impuissance de la justice seule
“La justice sans force est impuissante” : Pascal constate que le droit, aussi légitime soit-il, reste lettre morte s’il ne dispose pas des moyens de se faire respecter. Face aux “méchants”, la justice désarmée est “contredite”. Cette analyse réaliste rejoint celle de Machiavel : en politique, les bonnes intentions ne suffisent pas.
II. L’illégitimité de la force seule
“La force sans la justice est tyrannique” : la pure violence, même efficace, manque de légitimité. Elle est “accusée” par la conscience morale. Un pouvoir qui ne repose que sur la contrainte ne peut durer car il suscite la révolte. Hobbes lui-même reconnaissait que le Léviathan doit assurer la sécurité pour être obéi.
III. La nécessaire union
“Il faut donc mettre ensemble la justice et la force” : Pascal propose deux voies : “faire que ce qui est juste soit fort” (idéalisme) ou “faire que ce qui est fort soit juste” (réalisme). La seconde voie est plus aisée mais dangereuse : elle risque de légitimer n’importe quel pouvoir établi.
Intérêt philosophique
Ce texte pose le problème fondamental de la philosophie politique : comment fonder un pouvoir à la fois efficace et légitime ? Pascal, en bon augustinien, suggère que cette conciliation parfaite est impossible dans un monde marqué par le péché. L’État de droit moderne tente pourtant cette synthèse : la force publique au service du droit.