SUJET I : « Seule la science peut fournir à l’homme tout ce dont il a besoin » (Renan)
Introduction
Ernest Renan, penseur du XIXe siècle, incarne l’optimisme scientiste de son époque. Sa formule exprime une confiance absolue dans la science comme réponse à tous les besoins humains. Mais cette vision est-elle tenable ? L’homme n’a-t-il que des besoins matériels que la science peut satisfaire ?
Problématique : La science peut-elle répondre à l’ensemble des aspirations humaines, ou existe-t-il des besoins qui lui échappent ?
I. Ce que la science peut apporter
A. La satisfaction des besoins matériels
La médecine soigne, l’agronomie nourrit, la technologie facilite la vie quotidienne. Les progrès scientifiques ont considérablement amélioré l’espérance de vie et le confort matériel.
B. La connaissance du monde
La science répond à notre besoin de comprendre : cosmologie, biologie, physique expliquent les phénomènes naturels. Elle satisfait la curiosité intellectuelle de l’homme.
II. Les limites de la science
A. Les besoins spirituels et moraux
La science décrit ce qui est, pas ce qui doit être (Hume). Elle ne peut fonder une morale ni donner un sens à l’existence. Les questions métaphysiques (Dieu, l’âme, la liberté) lui échappent.
B. Les besoins affectifs et esthétiques
L’amour, l’amitié, la beauté ne sont pas des objets scientifiques. L’art, la poésie, la musique répondent à des aspirations que la science ne peut satisfaire.
C. La science elle-même a des limites
Gödel a montré les limites de la formalisation mathématique. Heisenberg a révélé l’incertitude quantique. La science ne prétend pas à l’omniscience.
III. Une complémentarité nécessaire
L’homme a besoin de science, mais aussi de philosophie, d’art, de religion, de relations humaines. Pascal distinguait “l’esprit de géométrie” et “l’esprit de finesse”. Une vie pleinement humaine requiert ces deux dimensions.
Conclusion
La formule de Renan exprime un scientisme excessif. La science est nécessaire mais non suffisante. Elle doit être complétée par d’autres formes de savoir et d’expérience pour répondre à la totalité des aspirations humaines.
SUJET II : La philosophie est-elle accessible à tout le monde ?
Introduction
La philosophie semble réservée à une élite intellectuelle : vocabulaire technique, abstractions complexes, tradition millénaire. Pourtant, Descartes affirmait que le “bon sens est la chose du monde la mieux partagée”. La philosophie est-elle un privilège ou un droit universel ?
I. Arguments pour l’accessibilité universelle
A. La raison est universelle
Tout homme possède la faculté de penser. La philosophie n’est que l’exercice rigoureux de cette faculté naturelle. Socrate philosophait avec des artisans et des esclaves.
B. Les questions philosophiques concernent tous
Qu’est-ce que le bonheur ? Comment vivre ? Que puis-je espérer ? Ces questions touchent chaque être humain, indépendamment de son éducation.
II. Les obstacles à l’accès
A. Les obstacles culturels et sociaux
La philosophie suppose un minimum d’éducation, de temps libre, d’accès aux livres. Les conditions matérielles peuvent empêcher la réflexion (Marx : l’aliénation).
B. La technicité philosophique
Certains textes (Hegel, Heidegger) sont d’une difficulté redoutable. La philosophie a développé un langage spécialisé qui peut exclure.
III. Distinguer philosophie et histoire de la philosophie
A. Philosopher vs connaître les philosophies
On peut philosopher sans avoir lu Kant. L’enfant qui demande “pourquoi ?” philosophe déjà. La philosophie comme activité est universelle ; la philosophie comme discipline est plus restreinte.
B. Le rôle de l’éducation
L’école doit démocratiser l’accès à la philosophie. L’enseignement philosophique, comme à Madagascar au lycée, vise à former des citoyens éclairés.
Conclusion
La philosophie comme questionnement est accessible à tous car elle répond à un besoin universel de sens. Mais son approfondissement requiert un effort et des conditions favorables. Démocratiser la philosophie, c’est permettre à chacun de développer sa capacité naturelle à penser.
SUJET III : Commentaire — Rousseau, Du Contrat social
Introduction
Dans ce passage du Contrat social, Rousseau analyse la transformation de l’homme lors de son entrée dans la société civile. Il décrit le passage d’un état naturel, gouverné par l’instinct, à un état civil où règnent la justice et la moralité.
I. La substitution de la justice à l’instinct
Dans l’état de nature, l’homme agit selon ses impulsions physiques et ses appétits immédiats. L’état civil introduit la justice comme principe régulateur des conduites. Ce n’est plus le désir qui guide l’action, mais le devoir. Rousseau parle d’un “changement très remarquable” : l’homme acquiert une dimension morale qu’il ne possédait pas naturellement.
II. L’accès à la moralité
“La voix du devoir succédant à l’impulsion physique” : l’homme devient capable de distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste. Ses actions acquièrent “la moralité qui leur manquait auparavant”. Cette moralité n’est pas innée mais résulte de la vie sociale. L’homme est perfectible (autre concept clé de Rousseau).
III. Le dépassement de l’égoïsme naturel
“L’homme qui jusque-là n’avait regardé que lui-même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes” : l’égoïsme naturel cède la place à la considération d’autrui. La raison devient le guide de l’action, les penchants immédiats sont maîtrisés. C’est une véritable libération : l’homme n’est plus esclave de ses désirs.
Intérêt philosophique
Ce texte pose le problème de l’origine de la moralité. Contre Hobbes (qui voit l’état civil comme simple limitation des désirs), Rousseau montre que la société transforme positivement l’homme. Contre les empiristes, il affirme que la moralité n’est pas réductible à l’intérêt. Ce passage justifie le contrat social : loin d’aliéner l’homme, la société civile l’élève à sa dignité morale.