Philosophie Série C-D : Session 2013

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MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Direction de l’Enseignement Supérieur Public et Privé — Service d’Appui au Baccalauréat

BACCALAURÉAT DE L’ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

Session 2013 Série C-D

Épreuve : PHILOSOPHIE Coefficient : 2
Durée : 04h

  

SUJET I :

 

Est-on responsable de ce que l’on est ?

 

SUJET II :

 

« La philosophie nous aide à mieux vivre »

Que pensez-vous de cette affirmation ?

 

SUJET III : COMMENTAIRE DE TEXTE

 

Faites l’étude ordonnée du texte en vue de dégager son intérêt philosophique.

 

…… « Il n’est point de science sans présupposition. La question de savoir si la vérité est nécessaire ne doit pas seulement avoir trouvé au préalable sa réponse affirmative, cette réponse doit encore l’affirmer de telle sorte qu’elle exprime le principe, la croyance, la conviction que : rien n’est aussi nécessaire que la vérité et que par rapport à elle tout le reste n’est d’importance secondaire »

 

Friedrich NETZSCHE, « Le Gai Savoir » page 344

  

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📝 CORRIGÉ COMPLET — Cliquez pour afficher

SUJET I : Est-on responsable de ce que l’on est ?

Introduction

Nous sommes le produit de notre hérédité, de notre éducation, de notre milieu social. Pouvons-nous alors être tenus responsables de ce que nous sommes devenus ? La question oppose déterminisme et liberté, nature et culture.

Problématique : L’homme est-il l’auteur de son propre être ou le simple résultat de facteurs qui lui échappent ?

I. Les limites de notre responsabilité

A. Le déterminisme biologique
Nous n’avons pas choisi nos gènes, notre sexe, notre tempérament. La neurobiologie montre l’influence du cerveau sur nos comportements. Spinoza : “Les hommes se croient libres parce qu’ils ignorent les causes qui les déterminent.”

B. Le déterminisme social
Bourdieu montre comment l’habitus façonne nos goûts, nos aspirations, nos choix. Le milieu familial, l’éducation, la classe sociale nous construisent à notre insu.

C. L’inconscient
Freud révèle que nous ne sommes pas “maîtres dans notre propre maison”. Nos désirs, nos phobies, nos névroses échappent à notre contrôle conscient.

II. La responsabilité comme exigence morale

A. La liberté comme postulat pratique
Kant : même si la liberté ne peut être prouvée théoriquement, elle doit être supposée pour fonder la morale. Sans liberté, pas de responsabilité, pas de mérite ni de faute.

B. L’existentialisme sartrien
Sartre : “L’existence précède l’essence.” L’homme n’est pas défini à l’avance ; il se fait par ses choix. “Nous sommes condamnés à être libres.” La mauvaise foi consiste à nier cette liberté.

C. La construction de soi
Nous pouvons travailler sur nous-mêmes, nous transformer, nous dépasser. L’éducation, la thérapie, l’effort personnel permettent de modifier ce que nous sommes.

III. Une responsabilité partielle mais réelle

A. Reconnaître les déterminismes pour s’en libérer
Connaître ses conditionnements est le premier pas vers la liberté. La psychanalyse, la sociologie nous éclairent sur ce qui nous détermine.

B. La responsabilité comme réponse
Levinas : être responsable, c’est répondre à l’appel d’autrui. La responsabilité n’est pas seulement causale mais éthique.

Conclusion

Nous ne sommes pas entièrement responsables de ce que nous sommes, mais nous le devenons par nos choix et nos efforts. La liberté n’est pas un donné mais une conquête permanente sur nos déterminismes.


SUJET II : « La philosophie nous aide à mieux vivre »

Introduction

La philosophie est-elle une discipline purement théorique, réservée aux spécialistes, ou peut-elle avoir une utilité pratique dans notre vie quotidienne ? Les philosophes antiques la concevaient comme un art de vivre.

I. La philosophie comme art de vivre

A. La philosophie antique
Pour Épicure, Épictète, Marc Aurèle, philosopher c’est apprendre à vivre heureux. Les exercices spirituels (méditation, examen de conscience) visent la sagesse pratique.

B. La recherche du bonheur
La philosophie nous aide à distinguer les vrais biens des faux, les désirs naturels des désirs vains. Elle nous libère des illusions et des passions excessives.

C. L’acceptation de la condition humaine
La philosophie nous prépare à affronter la mort, la souffrance, l’incertitude. Les stoïciens enseignaient à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas.

II. Les limites de cette aide

A. Le risque de l’intellectualisme
Savoir ne suffit pas à bien vivre. On peut connaître le bien sans le faire (Aristote : acrasie). La philosophie peut rester théorique et sans effet sur la conduite.

B. Les conditions matérielles
La philosophie ne nourrit pas, ne soigne pas. Sans conditions minimales d’existence, la réflexion est un luxe inaccessible.

C. L’angoisse philosophique
La philosophie peut aussi troubler : le doute, la remise en question des certitudes peuvent être source d’angoisse (Kierkegaard, Heidegger).

III. Une aide précieuse mais non suffisante

La philosophie nous donne des outils de réflexion, de recul critique, de compréhension de soi et du monde. Elle ne garantit pas le bonheur mais peut y contribuer en nous rendant plus lucides et plus libres.

Conclusion

La philosophie peut nous aider à mieux vivre si elle ne reste pas lettre morte mais devient une pratique quotidienne. Elle est une sagesse en acte, non un simple savoir.


SUJET III : Commentaire — Nietzsche, Le Gai Savoir

Introduction

Dans ce passage du Gai Savoir, Nietzsche examine les présupposés de la science. Il affirme que la science repose sur une croyance préalable : la croyance en la valeur de la vérité.

I. La science n’est pas sans présupposition

Contrairement à ce que prétend le positivisme, la science ne part pas de zéro. Elle présuppose que la vérité existe, qu’elle est accessible, et surtout qu’elle est “nécessaire”, c’est-à-dire désirable et préférable à l’erreur. Ce présupposé n’est pas lui-même scientifiquement démontrable.

II. La vérité comme valeur suprême

La science affirme que “rien n’est aussi nécessaire que la vérité” et que “tout le reste n’est d’importance que secondaire”. Cette hiérarchie des valeurs est un choix, une “conviction”, une “croyance”. Pourquoi préférer le vrai au faux, au confortable, à l’utile ?

III. La question nietzschéenne : la valeur de la vérité

Nietzsche pose une question radicale : “Qu’est-ce qui en nous veut la vérité ?” La volonté de vérité pourrait être une forme de la volonté de puissance, ou au contraire une forme de faiblesse (refus d’affronter l’illusion). La vérité n’est peut-être pas toujours vitale.

Intérêt philosophique

Ce texte inaugure une critique de la science qui sera développée au XXe siècle. Il montre que la science, comme toute entreprise humaine, repose sur des valeurs non fondées scientifiquement. Cela n’invalide pas la science mais la resitue dans le champ des activités humaines, avec ses présupposés et ses limites.