SUJET I : L’homme est-il une liberté ?
Introduction
La question ne demande pas si l’homme “a” la liberté (comme une propriété parmi d’autres) mais s’il “est” liberté — si la liberté constitue son essence même. Cette formulation radicale évoque l’existentialisme sartrien.
Problématique : La liberté définit-elle l’être même de l’homme, ou n’est-elle qu’un attribut parmi d’autres de la condition humaine ?
I. L’homme comme être de liberté
A. La thèse existentialiste
Sartre : “L’existence précède l’essence.” L’homme n’a pas de nature prédéfinie ; il se fait par ses choix. “L’homme est condamné à être libre” : il ne peut pas ne pas choisir, même ne pas choisir est un choix.
B. La liberté comme dépassement
L’homme transcende toujours sa situation. Il est “projet”, tourné vers l’avenir, capable de nier ce qui est pour viser ce qui n’est pas encore. Cette négativité est le propre de la conscience.
C. La responsabilité absolue
Si l’homme est liberté, il est entièrement responsable de ce qu’il fait et de ce qu’il est. La “mauvaise foi” consiste à fuir cette responsabilité en invoquant des excuses (nature, société, inconscient).
II. Les objections au libertarisme absolu
A. Les déterminismes
Biologie, psychologie, sociologie montrent que nos choix sont influencés par des facteurs que nous ne maîtrisons pas. Spinoza : “Les hommes se croient libres parce qu’ils ignorent les causes qui les déterminent.”
B. La liberté comme conquête
La liberté n’est pas donnée mais acquise. Elle suppose des conditions (éducation, ressources, droits). Un esclave, un affamé sont-ils vraiment libres ?
C. La condition humaine
L’homme est aussi corps, pulsions, finitude. Il ne choisit pas de naître, de vieillir, de mourir. La liberté s’exerce dans des limites qui ne sont pas choisies.
III. Une liberté située
L’homme n’est pas liberté pure mais liberté incarnée, située dans un corps, une histoire, une société. Cette “facticité” (Heidegger) n’abolit pas la liberté mais la conditionne. Être libre, c’est faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous (Sartre).
Conclusion
L’homme n’est pas une liberté absolue et inconditionnée, mais il n’est pas non plus un simple objet déterminé. Il est une liberté en situation, capable de transcender ses conditions tout en étant marqué par elles.
SUJET II : « Connaître, c’est mesurer » (Brunschvicg)
Introduction
Léon Brunschvicg, philosophe rationaliste, identifie connaissance et mesure. Cette thèse s’inscrit dans la tradition galiléenne : “La nature est écrite en langage mathématique.” Mais toute connaissance est-elle réductible à la quantification ?
I. La mesure comme critère de scientificité
A. La révolution galiléenne
La science moderne naît avec la mathématisation de la nature. Galilée mesure la chute des corps, Newton calcule les forces. La physique devient science exacte grâce à la quantification.
B. La mesure contre les qualités sensibles
Les qualités “secondes” (couleur, son, odeur) sont subjectives ; seules les qualités “premières” (étendue, mouvement, nombre) sont objectives et mesurables. Mesurer, c’est objectiver.
C. L’extension du modèle
Les sciences humaines tentent aussi de mesurer : statistiques sociales, tests psychologiques, économétrie. La mesure semble le critère universel de la connaissance rigoureuse.
II. Les limites de la mesure
A. Les qualités irréductibles
Peut-on mesurer la beauté d’un tableau, la profondeur d’une amitié, la signification d’un texte ? Il y a des réalités qualitatives que la mesure ne saisit pas.
B. La compréhension vs l’explication
Dilthey distingue les sciences de la nature (qui expliquent par des causes) des sciences de l’esprit (qui comprennent des significations). L’herméneutique n’est pas quantitative.
C. Les présupposés de la mesure
La mesure suppose déjà une connaissance : savoir ce qu’on mesure, comment le mesurer, quelles unités utiliser. Elle ne fonde pas la connaissance, elle la présuppose.
III. Une connaissance plurielle
La mesure est un mode de connaissance parmi d’autres, particulièrement adapté aux phénomènes naturels quantifiables. Mais la connaissance inclut aussi l’intuition, l’interprétation, la compréhension empathique.
Conclusion
La formule de Brunschvicg exprime l’idéal de la science moderne. Mais elle réduit la connaissance à un seul de ses modes. Connaître, c’est aussi interpréter, comprendre, saisir des qualités et des sens.
SUJET III : Commentaire — Locke, Second Traité du gouvernement civil
Introduction
Dans ce texte, John Locke définit les obligations du pouvoir législatif ou souverain dans une communauté politique. Il pose les fondements de l’État de droit et du libéralisme politique.
I. Le gouvernement par les lois
Le souverain doit “gouverner suivant les lois établies et connues du peuple”. Locke s’oppose à l’arbitraire : les règles doivent être publiques, stables, générales. Pas de “décrets arbitraires et formés sur-le-champ”. C’est le principe de légalité : le pouvoir est soumis au droit.
II. La séparation des pouvoirs
Locke distingue la fonction législative (établir les lois) de la fonction judiciaire (juger les différends) et de la fonction exécutive (faire exécuter les lois). Les juges doivent être “désintéressés et équitables”. Cette séparation prévient l’abus de pouvoir.
III. Les fins légitimes du pouvoir
Les forces de la communauté ne servent qu’à “faire exécuter les lois” à l’intérieur et “prévenir ou réprimer les injures étrangères” à l’extérieur. La fin ultime est “la tranquillité, la sûreté, le bien du peuple”. Le pouvoir n’est pas une fin en soi mais un moyen au service des gouvernés.
Intérêt philosophique
Ce texte fonde la théorie libérale de l’État. Contre l’absolutisme (Hobbes), Locke affirme que le pouvoir est limité par le droit et orienté vers le bien commun. Ces principes inspireront les révolutions américaine et française, et restent au fondement des démocraties contemporaines.