Philosophie Série C-D : Session 2011

  • Accueil
  • /
  • Sujets type
  • /
  • Philosophie Série C-D : Session 2011

MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Direction de l’Enseignement Supérieur Public et Privé — Service d’Appui au Baccalauréat

BACCALAURÉAT DE L’ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

Session 2011 Série C-D

Épreuve : PHILOSOPHIE Coefficient : 2
Durée : 04h

 

SUJET I :

 

Doit-on adapter la science à la loi morale ou la loi morale à la science ?

 

SUJET II :

 

« Le devoir est réduit à une obligation sociale ». Qu’en pensez-vous ?

 

SUJET III : COMMENTAIRE DE TEXTE.

 

Faites l’analyse ordonnée du texte suivant en vue de dégager son intérêt philosophique.

 

« L’enseignement philosophique offre pour toute la jeunesse une double utilité : d’une part, il apprend à critiquer les opinions reçues, les traditions admises, les idées admises ; d’autre part, il apprend à dépasser le conformisme en vue d’une cohérence toujours plus parfaite de la pensée et de l’action. La réflexion philosophique est d’autant, plus nécessaire que les sciences se développent davantage car si elle n’en découvre pas des idées partielles, si en ce sens elle est un non savoir, elle n’est pas pour cela subjective au sens péjoratif, mais elle est un certain mode d’appréhension de la condition humaine dans son universalité »

 

LACROIX, in Panorama de la philosophie

  

——————– —————-

 

📝 CORRIGÉ COMPLET — Cliquez pour afficher

SUJET I : Doit-on adapter la science à la loi morale ou la loi morale à la science ?

Introduction

Les avancées scientifiques soulèvent des questions éthiques majeures : clonage, manipulation génétique, intelligence artificielle. Faut-il soumettre la science aux exigences morales préexistantes, ou au contraire réviser nos principes éthiques à la lumière des nouvelles possibilités techniques ?

I. Adapter la science à la loi morale

A. La primauté de l’éthique
La science est un moyen, la morale définit les fins. Kant : l’homme ne doit jamais être traité comme un simple moyen. Certaines recherches doivent être interdites (expériences sur l’homme non consentant).

B. Le principe de précaution
Hans Jonas : face à l’incertitude des conséquences, privilégier les pronostics pessimistes. La puissance technique exige une nouvelle éthique de la responsabilité.

C. Les limites naturelles
Certaines manipulations (clonage humain, eugénisme) menacent la dignité humaine. La science ne peut décider seule de ce qui est souhaitable.

II. Adapter la morale aux progrès scientifiques

A. L’évolution des morales
La morale n’est pas immuable : l’esclavage était acceptable, il ne l’est plus. Les connaissances nouvelles peuvent révéler l’inanité de certains interdits (contraception, transfusion).

B. La science source de progrès moral
Darwin, Freud, les neurosciences éclairent la nature humaine. Cette connaissance peut fonder une morale plus réaliste, débarrassée des superstitions.

C. L’autonomie de la recherche
Entraver la science peut bloquer des avancées bénéfiques (médecine, énergie). La morale ne doit pas être obscurantiste.

III. Un dialogue nécessaire

Ni soumission de la science à une morale figée, ni dissolution de l’éthique dans le fait accompli technique. Il faut un dialogue permanent entre scientifiques, philosophes et citoyens pour définir ensemble les limites acceptables.

Conclusion

La science et la morale doivent s’éclairer mutuellement. La science sans conscience est ruine de l’âme (Rabelais), mais une morale ignorant les possibilités nouvelles devient inadaptée.


SUJET II : « Le devoir est réduit à une obligation sociale »

Introduction

Cette affirmation suggère que le devoir n’aurait d’autre source que la société. Si c’est vrai, le devoir perd sa dimension absolue et n’est plus qu’une contrainte relative, variable selon les cultures.

I. Arguments pour la thèse sociologique

A. Durkheim et le fait moral
La société impose ses règles à l’individu par l’éducation. Les devoirs varient selon les sociétés : ce qui est obligatoire ici est interdit ailleurs.

B. L’intériorisation des normes
Nous croyons agir par devoir alors que nous obéissons à un conditionnement social. Le surmoi freudien est l’intériorisation des interdits parentaux et sociaux.

II. Arguments contre la réduction sociale

A. Le devoir moral kantien
Kant fonde le devoir sur la raison pure pratique, non sur la société. L’impératif catégorique est universel : agir de telle sorte que la maxime puisse devenir loi universelle.

B. La résistance à l’injustice
Si le devoir n’était que social, la résistance aux lois injustes serait impossible. Or nous reconnaissons un devoir supérieur aux conventions (Antigone, résistants).

C. La conscience morale
La conscience peut s’opposer aux exigences sociales au nom de principes supérieurs. Le devoir n’est pas réductible au conformisme.

III. Distinction entre convention et devoir

Il faut distinguer les conventions sociales (variables, relatives) du devoir moral (visant l’universel). La société peut être source de devoirs mais aussi d’obligations injustes que la morale dénonce.

Conclusion

Le devoir ne se réduit pas à l’obligation sociale, même s’il s’exprime souvent dans des formes sociales. La conscience morale transcende les conventions pour viser l’universel.


SUJET III : Commentaire — L’utilité de l’enseignement philosophique

Introduction

Ce texte défend l’utilité de l’enseignement philosophique pour la jeunesse, en insistant sur deux fonctions : la critique et la quête de cohérence.

I. La fonction critique

“Critiquer les opinions reçues, les traditions admises, les idées admises” : la philosophie enseigne à ne pas accepter les idées sans examen. Elle forme l’esprit critique contre le dogmatisme et les préjugés. C’est l’héritage socratique : examiner sa vie pour la rendre digne d’être vécue.

II. Le dépassement du conformisme

“Dépasser le conformisme en vue d’une cohérence toujours plus parfaite” : au-delà de la critique négative, la philosophie vise une construction positive. Elle cherche l’unité entre pensée et action, théorie et pratique. Le philosophe ne se contente pas de critiquer, il propose.

III. Philosophie et science

“La réflexion philosophique est d’autant plus nécessaire que les sciences se développent” : loin d’être rendue obsolète par la science, la philosophie devient plus urgente. Les sciences produisent des connaissances partielles ; la philosophie cherche une vision d’ensemble et interroge le sens du progrès.

Intérêt philosophique

Ce texte justifie l’enseignement philosophique à l’école. Face aux dogmatismes (religieux, politiques, scientistes), la philosophie forme des citoyens capables de penser par eux-mêmes, exigence fondamentale de la démocratie.