SUJET I : Sans l’État, l’homme est-il une brute ?
Introduction
Cette question reprend la thèse de Hobbes : dans l’état de nature, l’homme serait un loup pour l’homme. L’État civiliserait l’homme en le sortant de la sauvagerie. Mais cette vision est-elle fondée ? L’homme est-il naturellement brutal ?
I. L’État comme sortie de la brutalité
A. Hobbes et l’état de nature
Sans pouvoir commun, c’est la “guerre de tous contre tous”. Chacun est menacé par tous. L’État instaure la paix civile en monopolisant la violence légitime.
B. La socialisation
L’État, par l’éducation et les lois, discipline les pulsions. Il transforme l’individu en citoyen, l’égoïsme naturel en respect d’autrui.
C. Freud : civilisation et répression
La civilisation réprime les pulsions agressives. Le “malaise dans la civilisation” est le prix à payer pour la vie sociale.
II. L’homme n’est pas naturellement une brute
A. Rousseau : le bon sauvage
L’homme naturel est solitaire et paisible. C’est la société qui le corrompt en suscitant l’amour-propre et la compétition. L’État peut être source de violence (guerres, oppressions).
B. L’entraide naturelle
Kropotkine montre que la coopération est aussi naturelle que la compétition. Les sociétés sans État (certaines sociétés traditionnelles) ne sont pas nécessairement violentes.
C. La violence d’État
Les pires brutalités de l’histoire (guerres mondiales, génocides) ont été commises par des États organisés. L’État peut être plus brutal que l’individu isolé.
III. L’État, condition de l’humanité accomplie
Aristote : l’homme est un “animal politique”. La cité n’est pas une contrainte mais le lieu de l’accomplissement humain. Sans vie sociale organisée, l’homme ne développe pas ses potentialités (langage, culture, raison).
Conclusion
L’homme n’est ni ange ni bête par nature. L’État peut civiliser comme oppresser. Tout dépend de la forme de l’État : un État de droit libère, un État tyrannique brutalise.
SUJET II : La relativité de la connaissance scientifique
Introduction
La science prétend à l’objectivité et à l’universalité. Pourtant, on parle souvent de “relativité de la connaissance scientifique”. Que signifie cette expression ? La science n’atteint-elle que des vérités relatives ?
I. En quel sens la science est relative
A. Relativité historique
Les théories scientifiques changent : Ptolémée, Copernic, Einstein. Ce qui était “vrai” hier est dépassé aujourd’hui (Thomas Kuhn : révolutions scientifiques).
B. Relativité des paradigmes
Chaque époque a ses présupposés (paradigmes) qui conditionnent ce qu’elle peut voir. La science n’est pas une accumulation linéaire mais une succession de ruptures.
C. Relativité au sujet connaissant
Kant : nous ne connaissons que les phénomènes (les choses telles qu’elles nous apparaissent), non les choses en soi. La science est relative à nos structures de connaissance.
II. En quel sens la science n’est pas relative
A. L’universalité des lois
Les lois scientifiques s’appliquent partout : la gravitation fonctionne au Japon comme à Madagascar. La science transcende les cultures.
B. Le progrès cumulatif
Einstein ne contredit pas Newton, il l’englobe. Les théories successives sont de plus en plus précises. Il y a progrès vers la vérité.
C. La réfutabilité
Popper : une théorie scientifique est falsifiable. Cette exigence garantit l’objectivité contre le relativisme absolu.
III. Une relativité féconde
La science sait qu’elle ne détient pas la vérité définitive. Cette modestie est une force : elle reste ouverte à la critique et au progrès. La relativité n’est pas le relativisme.
Conclusion
La connaissance scientifique est relative en ce qu’elle évolue et se corrige. Mais elle n’est pas arbitraire : elle progresse vers une meilleure approximation du réel.
SUJET III : Commentaire — La philosophie contestée
Introduction
Ce texte de Moural et Millet constate que la philosophie est “contestée ou méprisée” à notre époque, au profit des sciences. Il s’agit de comprendre cette contestation et de la réfuter.
I. La contestation positiviste
“Certains ne voient en elle qu’un vain bavardage” : c’est la critique positiviste (Auguste Comte). Seules les sciences expérimentales produiraient des connaissances valables. La philosophie serait un vestige de l’âge métaphysique, dépassé par l’âge positif.
II. Le scientisme
“Ne reconnaissent comme valables que les connaissances de type scientifique” : c’est le scientisme, l’idée que la science est le seul mode de connaissance légitime. Tout le reste serait “opinion incertaine”, sans valeur de vérité.
III. Les limites du scientisme
Cette position est contradictoire : affirmer que “seule la science est valable” n’est pas une proposition scientifique mais philosophique. Le scientisme se réfute lui-même. De plus, la science ne répond pas aux questions de sens (que dois-je faire ? que puis-je espérer ?) qui sont du ressort de la philosophie.
Intérêt philosophique
Ce texte défend la philosophie contre sa disqualification moderne. Il rappelle que la philosophie ne prétend pas rivaliser avec la science sur son terrain, mais répond à des questions que la science ne peut ni ne veut traiter.