SUJET I : Le progrès des connaissances scientifiques favorise-t-il la moralité ?
Introduction
Les Lumières croyaient que le progrès des sciences entraînerait le progrès moral. Le XXe siècle a démenti cet optimisme : les sciences ont aussi produit des armes de destruction massive. Quel est donc le rapport entre science et moralité ?
I. Arguments pour : la science moralise
A. La sortie de l’ignorance
L’ignorance engendre la peur et l’intolérance. La connaissance scientifique détruit les superstitions qui justifient la violence (sorcellerie, hérésie).
B. L’amélioration des conditions de vie
La médecine, l’agronomie, les techniques réduisent la souffrance et la misère. Or la misère pousse au crime ; le bien-être favorise la moralité.
C. L’universalisme scientifique
La science est universelle : ses lois valent pour tous. Elle enseigne ainsi l’égalité des hommes face à la raison.
II. Arguments contre : la science amorale
A. La neutralité axiologique
La science décrit ce qui est, non ce qui doit être. Elle ne fonde aucune valeur morale. Un bon scientifique peut être un mauvais homme.
B. Les usages destructeurs
Hiroshima, les gaz, l’eugénisme nazi : les connaissances scientifiques ont été mises au service du mal. La science augmente notre puissance, pas notre sagesse.
C. La technicisation de la morale
La science tend à réduire les problèmes moraux à des problèmes techniques. Elle évacue la question du sens au profit de l’efficacité.
III. Science et morale : une relation complexe
La science est un outil neutre qui peut servir le bien ou le mal. Elle ne dispense pas de la réflexion morale mais la rend plus urgente. Plus nous sommes puissants, plus nous devons être responsables.
Conclusion
Le progrès scientifique ne garantit pas le progrès moral. Il offre des moyens mais ne définit pas les fins. La moralité relève d’une éducation et d’une réflexion qui dépassent la science.
SUJET II : « La possession du pouvoir corrompt le libre jugement de la raison » (Kant)
Introduction
Kant affirme que le pouvoir corrompt la raison. Cette thèse explique-t-elle pourquoi les puissants se trompent souvent, et pourquoi le pouvoir tend à abuser ? Comment comprendre cette corruption ?
I. Le pouvoir aveugle la raison
A. L’intérêt biaise le jugement
Le puissant juge selon son intérêt, non selon la vérité ou la justice. Il confond ce qui lui est utile avec ce qui est bon en soi.
B. L’absence de contradiction
Entouré de courtisans, le puissant n’est plus contredit. Sans critique, la raison s’endort et accepte des erreurs qu’un débat aurait révélées.
C. L’hybris du pouvoir
Le pouvoir enivre : le puissant se croit au-dessus des lois et de la raison commune. C’est l’hubris que les Grecs dénonçaient chez les tyrans.
II. Nuances et limites de la thèse
A. Le pouvoir peut éclairer
L’exercice du pouvoir peut aussi former le jugement par l’expérience des affaires humaines. Tous les puissants ne sont pas corrompus.
B. La raison peut résister
Un esprit formé à la critique peut maintenir son indépendance malgré le pouvoir. Les philosophes-rois de Platon uniraient pouvoir et sagesse.
III. La séparation des pouvoirs
Si le pouvoir tend à corrompre, il faut le limiter et le diviser. Montesquieu : “Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.” Les contre-pouvoirs préservent la raison collective.
Conclusion
La thèse de Kant est une mise en garde : le pouvoir sans contrôle menace la lucidité. Les institutions démocratiques visent à préserver la raison contre les tentations du pouvoir absolu.
SUJET III : Commentaire — Science et philosophie complémentaires
Introduction
Ce texte de Moural et Millet affirme la complémentarité entre science et philosophie, contre ceux qui les opposent ou voudraient éliminer la philosophie au profit de la science.
I. La philosophie aime la science
“La philosophie ne peut qu’aimer la science puisqu’elle aime le savoir” : étymologiquement, la philosophie est amour de la sagesse, qui inclut le savoir. Le philosophe ne méprise pas la science, il l’admire et s’en nourrit.
II. L’information scientifique nécessaire
“On ne peut pas bien philosopher si l’on n’est pas convenablement informé de la science de son temps” : le philosophe doit connaître les sciences pour ne pas parler dans le vide. Descartes était géomètre, Leibniz mathématicien, Kant connaissait la physique newtonienne.
III. Des rapports complémentaires
“Science et philosophie sont faites non pour se porter ombrage, mais pour entretenir des rapports complémentaires” : la science produit des connaissances, la philosophie interroge leur sens et leurs limites. La science répond au “comment”, la philosophie au “pourquoi”.
Intérêt philosophique
Ce texte refuse le conflit stérile entre science et philosophie. Il montre que chacune a besoin de l’autre : la science sans réflexion philosophique devient technicisme aveugle ; la philosophie sans base scientifique devient spéculation vaine.