Philosophie Série C-D : Session 2007

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MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Direction de l’Enseignement Supérieur Public et Privé — Service d’Appui au Baccalauréat

BACCALAURÉAT DE L’ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

Session 2007 Série C-D

Épreuve : PHILOSOPHIE Coefficient : 2
Durée : 04h

  

SUJET I :

 

« La raison d’être de l’Etat est d’assurer notre liberté et non de la contraindre. »

Qu’en pensez-vous ?

 

SUJET II :

Philosopher nous détache-t-il de la réalité ?

 

SUJET III : COMMENTAIRE DE TEXTE

 

Faites l’analyse ordonnée du texte suivant en vue de dégager son intérêt philosophique.

 

« Notre époque est menacée par le positivisme et le scientisme. Elle est tentée de ne reconnaître comme valables que les connaissances de type scientifique et de rejeter toutes les autres formes de pensée dans le domaine de l’opinion aléatoire. Reconnaître à la science une grande valeur explicative et une grande efficacité pratique ne peut faire oublier qu’elle ne porte que sur des phénomènes. Les savants authentiques ne surestiment pas le caractère de la preuve expérimentale qui établit la réalité d’une relation, l’interprétation de cette relation pouvant être revue. Ils reconnaissent aussi le caractère hypothétique des grandes théories.

Enfin, quelque garantie qu’apporte la preuve dans la connaissance, elle n’est pas l’unique objectif de la pensée. L’esprit n’a pas à être contraint mas éclairé, il peut rencontrer d’autres lumières que celle de la science. »

Isabelle MOURAL et Louis MILLET, in Traité de philosophie.

  

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SUJET I : « La raison d’être de l’État est d’assurer notre liberté et non de la contraindre »

Introduction

Cette affirmation pose la question du rapport entre l’État et la liberté. L’État, par ses lois et sa police, semble contraindre. Pourtant, cette contrainte ne serait-elle pas au service de la liberté ?

I. L’État comme contrainte de la liberté

A. La critique anarchiste
Bakounine : “L’État, c’est le mal.” Toute autorité est oppression. La liberté authentique suppose l’abolition de l’État.

B. Le risque totalitaire
L’État peut devenir totalitaire et écraser toute liberté individuelle (Arendt). L’histoire montre que l’État peut être le pire ennemi de la liberté.

II. L’État comme condition de la liberté

A. Hobbes : sortir de l’état de nature
Sans État, c’est la “guerre de tous contre tous”. L’État, en garantissant la sécurité, permet l’exercice de la liberté.

B. Locke : protéger les droits naturels
L’État existe pour protéger la vie, la liberté et la propriété. Sa raison d’être est de servir les individus, non de les asservir.

C. Rousseau : la liberté civile
“L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.” L’État démocratique réalise la liberté collective.

III. Les conditions d’un État libéral

Pour que l’État serve la liberté : séparation des pouvoirs (Montesquieu), État de droit, droits fondamentaux garantis, contrôle démocratique.

Conclusion

L’État peut être instrument d’oppression ou de liberté. Tout dépend de sa forme. L’État de droit démocratique vise à assurer la liberté de tous.


SUJET II : Philosopher nous détache-t-il de la réalité ?

Introduction

On reproche souvent aux philosophes d’être “dans les nuages”, déconnectés du réel. Thalès, observant les étoiles, tombe dans un puits. La philosophie éloigne-t-elle du monde concret ?

I. La philosophie semble détacher du réel

A. L’abstraction
La philosophie manipule des concepts abstraits : l’être, la vérité, la justice. Elle semble s’éloigner du concret.

B. La contemplation
Aristote valorise la vie contemplative (bios theoretikos) sur la vie active. Le philosophe se retire du monde.

C. L’inutilité apparente
La philosophie ne produit rien de tangible. Elle semble un luxe pour oisifs, sans prise sur la réalité.

II. La philosophie nous rapproche du réel

A. Comprendre pour agir
La vraie compréhension du réel permet une action plus efficace. Bacon : “Savoir, c’est pouvoir.”

B. Critique des illusions
La philosophie dissipe les illusions (Platon : la caverne). Elle nous rapproche du réel en démasquant les apparences.

C. Engagement politique
Les philosophes se sont souvent engagés : Sartre, Camus, les philosophes des Lumières. La philosophie transforme le monde.

III. Une distance féconde

La philosophie prend du recul pour mieux voir. Ce détachement momentané n’est pas fuite du réel mais condition d’une compréhension plus profonde.

Conclusion

La philosophie ne détache du réel que les apparences pour mieux saisir l’essentiel. Son recul est le préalable d’un retour éclairé à la vie.


SUJET III : Commentaire — Positivisme et scientisme

Introduction

Ce texte dénonce le positivisme et le scientisme de notre époque, qui ne reconnaissent de validité qu’aux connaissances scientifiques.

I. Le diagnostic : positivisme et scientisme

Le positivisme (Auguste Comte) affirme que seule la connaissance positive, vérifiable, a de la valeur. Le scientisme absolutise la science et rejette toute autre forme de savoir.

II. La critique de cette position

Le scientisme est contradictoire : l’affirmation que “seule la science est valable” n’est pas elle-même scientifique. De plus, la science ne répond pas aux questions de sens et de valeur.

III. La légitimité des autres savoirs

La philosophie, l’art, la sagesse pratique ont leur légitimité propre. Ils répondent à des besoins humains que la science ne peut satisfaire.

Intérêt philosophique

Ce texte défend le pluralisme des savoirs contre le réductionnisme scientiste. Il rappelle que la science est une forme de connaissance parmi d’autres, précieuse mais non exclusive.