Philosophie Série C-D : Session 2005

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MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Direction de l’Enseignement Supérieur Public et Privé — Service d’Appui au Baccalauréat

BACCALAURÉAT DE L’ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL

Session 2005 Série C-D

Épreuve : PHILOSOPHIE Coefficient : 2
Durée : 04h

  

SUJET I :

Le rôle de l’Etat se borne-t-il au maintien de l’ordre ?

 

SUJET II :

 

« L’esprit scientifique nécessite des qualités morales autant que des qualités intellectuelles. »

Edmond GOBLOT,

In Traité de logique.

Qu’en pensez-vous ?

 

SUJET III : COMMENTAIRE DE TEXTE.

 

Faites l’analyse ordonnée du texte suivant en vue de dégager son intérêt philosophique.

 

« La valeur de la philosophie doit être cherchée pour une grande part dans son incertitude même…

La philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de nous dire avec certitude quelle est la vraie réponse aux doutes qu’elle élève, peut néanmoins suggérer diverses possibilités qui élargissent le champ de nos pensées en les délivrant à la Tyrannie de la coutume. Tout en diminuant notre certitude à l’égard de ce que sont les choses, elle augmente beaucoup notre connaissance à l’égard de ce qu’elles peuvent être… »

Bertrand RUSSIEL, In Problems of Philosophy,

chap, 15 ‘’Traduction Grateloup”

  

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📝 CORRIGÉ COMPLET — Cliquez pour afficher

SUJET I : Le rôle de l’État se borne-t-il au maintien de l’ordre ?

Introduction

L’État possède le monopole de la violence légitime (Weber) et assure l’ordre public. Mais son rôle se limite-t-il à cette fonction répressive ? L’État n’a-t-il pas d’autres missions ?

I. L’État-gendarme : le maintien de l’ordre

A. La sécurité comme priorité
Hobbes : la première fonction de l’État est d’assurer la paix civile, de protéger contre la violence.

B. Le libéralisme classique
Pour les libéraux (Adam Smith), l’État doit se limiter aux fonctions régaliennes : police, justice, défense. “Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins.”

II. L’État a d’autres missions

A. L’État-providence
Protection sociale, santé, éducation, retraites. L’État corrige les inégalités du marché et assure la solidarité nationale.

B. L’État régulateur
Keynes : l’État doit intervenir pour réguler l’économie, éviter les crises, assurer le plein emploi.

C. L’État éducateur
Former des citoyens, transmettre la culture, assurer l’égalité des chances par l’école publique.

III. Le bon équilibre

Ni État minimal ni État totalitaire. L’État doit assurer l’ordre, mais aussi promouvoir la justice sociale, l’éducation, la culture, dans le respect des libertés.

Conclusion

Le maintien de l’ordre est nécessaire mais non suffisant. L’État moderne assume aussi des fonctions sociales, économiques et culturelles.


SUJET II : « L’esprit scientifique nécessite des qualités morales autant que des qualités intellectuelles » (Goblot)

Introduction

On pense souvent que la science ne requiert que l’intelligence. Goblot affirme qu’elle exige aussi des vertus morales. Quelles sont ces qualités morales nécessaires au scientifique ?

I. Les qualités intellectuelles du scientifique

A. La rigueur logique : raisonnement correct, cohérence.
B. L’esprit critique : examiner les hypothèses, douter.
C. L’imagination créatrice : formuler des hypothèses nouvelles.

II. Les qualités morales nécessaires

A. L’honnêteté intellectuelle
Ne pas falsifier les résultats, reconnaître ses erreurs, citer ses sources. La fraude scientifique est une faute morale.

B. L’humilité
Reconnaître les limites de son savoir, accepter la critique, réviser ses théories face aux faits.

C. Le courage
Oser contredire les idées reçues, résister aux pressions (Galilée). La vérité peut être dangereuse.

D. La patience et la persévérance
La recherche est longue et incertaine. Il faut persévérer malgré les échecs.

III. L’éthique de la recherche

Aujourd’hui, on parle d’éthique scientifique : respect des sujets humains, intégrité des données, refus du plagiat. La science n’est pas moralement neutre.

Conclusion

L’esprit scientifique est inséparable de vertus morales. L’intelligence sans honnêteté ni courage ne produit pas de vraie science.


SUJET III : Commentaire — Russell sur l’incertitude philosophique

Introduction

Bertrand Russell affirme paradoxalement que “la valeur de la philosophie doit être cherchée pour une grande part dans son incertitude même”. L’incertitude serait une qualité, non un défaut.

I. L’incertitude philosophique

Contrairement aux sciences, la philosophie ne parvient pas à des conclusions définitives. Les grandes questions restent ouvertes. Cela semble être une faiblesse.

II. La valeur de l’incertitude

A. Libération des dogmes
L’incertitude nous délivre des certitudes illusoires, des préjugés, des opinions non examinées.

B. Ouverture d’esprit
Ne pas avoir de réponse définitive, c’est rester ouvert aux possibles, éviter le fanatisme.

C. Stimulation de la pensée
L’incertitude maintient la pensée en éveil. Une question résolue ne fait plus penser.

III. Philosopher, c’est questionner

La philosophie est moins affaire de réponses que de questions. Sa valeur est dans le questionnement lui-même, qui élargit notre vision du monde.

Intérêt philosophique

Russell réhabilite le doute contre le dogmatisme. La philosophie est précieuse non malgré mais grâce à son incertitude, qui maintient l’esprit libre et curieux.