Année Universitaire : 1997 — 1998
Matière : Français
Option : Génie Civil , STEM , Industrielle
Durée : 2 heures
Voici un texte pour le samedi 06 septembre 1997 dans le quotidien « L’EXPRESS DE MADAGASCAR » . Lire attentivement le texte et répondre aux questions.
LA BALLE EST DANS NOTRE CAMP.
La coopération avec la France clôture ces IIIè Jeux de la Francophonie et nous ramène qu’on le veuille ou non, sur le terrain politique, après dix jours ludiques et festifs qui nous ont coupé de tout, sauf d’un profond désir de vivre notre temps et de partager cette joie avec d’ autres peuples.
Il convient, d’abord, de bien s’entendre sur la signification du mot « coopération ». On peut y voir, comme dans le Nouveau Petit Robert qui, soit dit en passant est un dictionnaire extraordinaire, « l’action de participer à une œuvre commune qui en est, en quelque sorte, la définition première. On peut aussi en chercher la signification actuelle, que nous donnent dans son dictionnaire des mots nouveaux les Usuels de chez Hachette : « Aide qu’un pays industrialisé apporte à un autre, moins avance, pour développer son équipement, former ses cadres etc… notamment en mettant à sa disposition des enseignants, des ingénieurs, des médecins, des techniciens ».
Ces deux définitions, qui collent la réalité vécue, depuis plus de 30 ans sans grands résultats probants, n’excluent pas une interprétation plus subtile, celle que par exemple en faisait déjà Sainte-Beuve : « En toute coopération on est, en quelque sorte, dépendant de ses collaborateurs et solidaire avec eux » . On est bien d’accord sur cette notion de dépendance responsable, acceptée et partagée, qu’en donnait-il y a plus d’un siècle le célèbre romancier et critique français.
La coopération française vient à nous avec un nouveau visage, de nouvelles perspectives, celles que veulent lui donner les socialistes français moins attachés, semble-t-il, à la gestion d’un patrimoine historique que leurs prédécesseurs les gaullistes. Une première tentative en ce sens, au début des années 80, avait échoué. Jean-Pierre Cot filt remercié et éloigné du « pré-carré » sur la pression de quelques potentats africains conservateurs auprès du président François Mitterrand qui avait, à l’égard de l’ Afrique, un passé à faire oublier.
Sous le titre « Les désillusions de Jean-Pierre Cot » d’une série intitulée « France-Afrique, les liaisons dangereuses » publiée au mois de juillet dernier, Eric Fottorino du journal « Le Monde » écrit : « Jean-Pierre Cot voulait rompre avec les mauvaises habitudes. Ce fût l’Afrique, soutenu par l’Elysée, qui rompit avec lui. Sûrement le locataire de la Rue Monsieur était-il trop arrogant, trop froid et trop cassant, trop sûr de ses idées — tenues pour utopiques — face à des interlocuteurs africains habitués au ménagement et aux proches chuchotés ».
« Ménagement » : le mot est lâché. C’est vrai qu’une coopération qui ménage, ou qui se ménage réciproquement, n’offre aucun autre espoir que d’ aboutir à un statut que désespérant pour les populations qui sont sensées en être les bénéficiaires. On a bien dit les populations. Pas de dirigeant !
Aussi, le paternalisme n’étant plus d’usage, du moins l’espère -t-on, une coopération nouvelle se doit-elle, pour convaincre de la sincérité de son engagement nouveau, de cesser de ménager. Ce n’est qu’à cette exigence, ce devoir de sélection, qu’elle trouvera tout son sens, celui qu ‘elle n’a pratiquement jamais eu.
En ce sens, le secrétaire d’état français à la coopération a un discours intéressant. On le verra à l’œuvre et aux actes, bien sûr. A la différence sans prédécesseur de droite, ancien gros bras du service d’action civique ( SAC ) qui voyait mal la France se distraire, au profit de quelques instances internationales, de son devoir d’instance à ses anciennes colonies, Charles Josselin n’a pas honte d’accrocher le wagon de l’aide française au train de l’ajustement structurel lancé dans les pays les moins avancés par le font monétaire international et la banque mondiale. Il dit aussi son souci, ce qui ne peut que nous plaire, d’être très attentif aux conséquences sociales que peut avoir sur l’environnement humain ce convoi exceptionnel. De même que les vertus de la liberté d’expression lui paraissent moralement limitées à son bon usage, le libéralisme économique n’a l’heur de lui plaire que s’il n’immole pas le progrès social, éducation et santé, sur l’autel de la croissance pour la croissance et ne creuse pas le fossé entre riches et pauvres.
Une bonne coopération doit donc s’inscrire dans la durée, par paliers, en coordonnant en permanence le besoin flagrant en équipement des pays aidés avec l’émergence de cadres et de techniciens spécialisés nationaux capables de prendre le relève. Pour cela, pour que cette stratégie réussisse, il convient d’abord que les bénéficiaires de cette assistance, qu’elle soit française ou d’une autre origine, soient eux-mêmes convaincus que leur pays a un avenir. Et que cet avenir doit pouvoir se passer, un jour, de coopération au profit d’un véritable partenariat.
C’est aussi le discours que l’on entend depuis longtemps, à savoir que « la finalité de la coopération est de disparaître », qu’elle porte en elle les germes de son effacement On a eu droit, aussi, dans de belles envolées mitterrandiennes au « aider le tiers monde, c’est s’aider soi-même », .s sans oublier le rituel aide-toi et le ciel t’ aidera ». Le discours paraît aujourd’hui différent. La formule d’une coopération recentrée vers les secteurs sociaux est mondialisée, elle aussi, a-t-elle plus de chance de réussir ? Il ne tient qu’à nous, et pour nous, de tirer le meilleur profit, de faire le meilleur usage de l’aide qui nous est apportée. Pour conclure sur ces « jeux » : la balle est plus que jamais dans notre camp.
I- Compréhension écrite (sur 10 points )
A. Expliquer le titre du texte dans un court paragraphe (5 lignes) (3 points)
B. Que faut-il comprendre par les deux qualificatifs « Ludiques » et « festifs ». (2 points)
C. Reformuler dans une phrase le contenu des trois définitions auxquelles se réfère le texte pour le mot « coopération ». (3 points)
D. Qu’ avez-vous compris de la phrase du texte qui dit « .Charles Josselin n’a pas honte d’ accrocher le wagon de l’aide française au train de l’ ajustement structurel lancé dans les pays les moins avancés par le fond monétaire international et la banque mondiale ». (2 points)
II. Expression écrite
Dire dans un texte de 15 lignes (au maximum) les raisons qui permettent de croire que « la finalité de coopération est de disparaître ».