UNIVERSITÉ D’ANTANANARIVO
FACULTÉ DE DROIT, D’ECONOMIE, DE GESTION ET DE SOCIOLOGIE
« DÉPARTEMENT DROIT »
TEST D’ACCÈS EN PREMIÈRE ANNÉE
ÉPREUVE DE CONTRACTION ET COMPRÉHENSION DE TEXTE
Voyage dans l’empire de l’incivisme
Ordures, pollution sonore et irrespect total d’autrui… les exemples ne manquent pas.
Casablanca, samedi après-midi sur la corniche, les voitures grandes et petites roulent tranquillement comme d’habitude en cette saison printanière. Jusque-là, rien d’anormal. Nous voici au feu rouge, les quelques véhicules s’arrêtent, notamment une BMW, dernier cri, vitres fumées. La vitre du passager a été légèrement descendue et une main, visiblement celle d’une
femme, se tend pour, comble d’absurdité, jeter une couche pour bébé. Oui, une bonne couche bien souillée par-dessus bord sur la corniche casablancaise au beau milieu d’un après-midi ensoleillé. La vitre a été, le plus naturellement du monde, remontée et la belle voiture a démarré en trombe. Osez dire que ce n’est pas choquant.
Pourtant, les autres véhicules ont aussi démarré et les passants ont continué leur bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Bien loin de là, vers la fin de la matinée, dans une petite ville du Nord, connus pour sa tranquillité et sa propreté, une dame, la cinquantaine, est en train de faire son ménage. Son balai encore à la main, elle ouvre sa porte et se débarrasse des
saletés collectées à moins de deux mètres de son palier.
Un spectacle qui fait partie de notre quotidien, au point de devenir coutume et qui bien entendu, est loin de nous choquer. « C’est normal, il faut bien chasser la saleté de chez-soi », rétorque la dame, quitte à la placer devant la porte, comme si la rue, c’était chez les autres. Du coup, il n’y pas de raison de se mettre dans une colère noire si vous venez de recevoir un sac plein d’ordures sur la tête en passant par une ruelle ou derrière une cité.
C’est juste ce qu’on n’a pas trop envie de descendre la poubelle. Par le balcon c’est plus rapide, comme vous pourriez alors attester ! Crachats, mégots de cigarettes, mouchoirs en papier, peaux de banane, gobelets, chewing-gums… garnissent nos routes et nos chaussées et souvent aussi le dessous des tables des cafés et restaurants. Les Marocains ne se gênent de se
débarrasser de tout, sur place. Pas besoin de se prendre la tête et de chercher une poubelle, d’ailleurs ce n’est pas ce que l’on trouve le plus rapidement. Il ne faut pas être madame ou monsieur « Vert » pour être sidéré devant de telles scènes, il suffit d’être citoyen.
Ceci pour les ordures et les saletés. Allons du côté du bruit. Engueulade et cris à ne plus en finir, ou encore éclats de joie auxquels s’ajoute un orchestre philharmonique en pleine répétition chez les voisins du palier, klaxons à minuit passé de chauffards en colère, mariage dans l’immeuble d’en face, d’une simple soirée entre amis ou des talons aiguilles de la
voisine d’en haut qui reçoit du monde…Et un seul point commun : aucun respect pour autrui ! Il est tout aussi courant dans nos villes de subir des nuits blanches à cause de bruit de l’incivisme.
Ce ne sont pas les exemples de ce fléau qui ronge notre société qui manquent. C’est affolant à constater, mais nos compatriotes sont incapables de se tenir convenablement dans la file d’attente. Pour prendre le bus, admettons que la pression d’arriver à l’heure au bureau peut excuser la bousculade. Idem pour les taxis, grands ou petits, c’est toujours les plus forts, physiquement bien sûr, qui montent en premier.