Contraction de Texte

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FACULTÉ DE DROIT, D’ECONOMIE,
DE GESTION ET DE SOCIOLOGIE

ANNÉE UNIVERSITAIRE 2005-2006

DÉPARTEMENT DROIT

 

ÉPREUVE DE SYNTHÈSE EN FRANÇAIS

Résumez le texte ci-dessous en dix lignes
Environnement en Afrique : le combat ne fait que commencer
Le souci écologique ne s’est guère encore diffusé en Afrique. Et pourtant, le rapport à la nature y est depuis toujours primordial et constitue un aspect fondamental de la culture africaine. Jean Nke Ndih, président de l’association Défense de l’environnement camerounais, rappelle que la relation des peuples à la nature a toujours été très étroite sur le continent noir. « Dans l’Afrique traditionnelle, de la naissance à la mort, les différentes croyances populaires tournent autour de l’environnement. Tout individu se trouve marqué par la liaison entretenue avec la nature : soit par le biais d’une initiation, d’un interdit ou de tout autre élément mettant en valeur le caractère vital du milieu qui nous entoure. » Cette affirmation n’est pas de pure forme. Lorsque le Mali organisait en l’an 2000, sa grande réunion des chasseurs d’Afrique de l’Ouest, on a pu vérifier que le souci de symbiose avec la nature était enraciné dans l’activité, à la fois de subsistance, mais aussi chargée de pratiques mystiques de ces chasseurs traditionnels qui détiennent souvent une connaissance très poussée des plantes et de leur utilisation.

Ce rapport à la nature est d’autant plus étroit qu’une majorité d’Africains vit de l’agriculture. En 2004, on estimait que l’agriculture employait 57% de la population d’Afrique subsaharienne, assurant 17% du PIB et 11% des recettes d’exportation. L’Afrique dispose d’importantes ressources naturelles et elle est riche d’une grande biodiversité : le continent abrite plus de 50 000 espèces de plantes répertoriées, 1 500 espèces d’oiseaux et 1 000 espèces de mammifères. Pourtant, ce patrimoine naturel est menacé. En juillet 2002,le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) produisait pour le compte de la Conférence Ministérielle africaine sur l’environnement (CMAE) un inquiétant rapport Avenir de l’environnement en Afrique.

L’Afrique souffre d’abord d’une importante désertification de ses sols (synonyme de pertes de terres arables). Celle-ci touche environ 40% du continent et affecte près de 485 millions d’Africains. Plus de 2 millions d’hectares des hautes terres éthiopiennes sont irrémédiablement dégradés. Les trois-quarts du Kenya sont arides ou semi-arides, et la Mauritanie est à plus de 90% hyper-aride. Mais les pays les plus touchés restent sans doute, sur la frange soudano-sahélienne, le Mali, le Niger et le Soudan. Cette désertification et son corollaire, l’érosion des sols, risque d’ailleurs de s’intensifier dans les trente années à venir du fait de la variabilité du climat.
En 2001, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), créé en 1988 sous l’égide du PNUE et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), tirait la sonnette d’alarme sur les conséquences du réchauffement climatique pour l’Afrique.

Bien qu’ayant le moins contribué à l’émission de gaz à effets de serre, l’Afrique pourrait être le continent le plus atteint par le réchauffement. Le déficit pluviométrique pourrais s’accroître au point de menacer de pénurie d’eau, d’ici à 2025, l’Afrique de l’Ouest, notamment le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana. En raison de la sécheresse, de la croissance démographique et du développement des activités agropastorales, l’eau du lac Tchad s’évapore progressivement en quarante ans, sa surface s’est divisée par 5 (5000km2). Les mêmes pressions s’exercent sur le fleuve Niger. Ce fleuve, troisième d’Afrique par sa longueur (4200km), qui traverse 9 pays, est menacé d’ensablement. A terme, ce sont les 110 millions de personnes qui vivent sur ses rives qui seront affectées. Mais le réchauffement climatique aura aussi pour conséquence l’élévation du niveau de la mer dans les régions côtières d’Afrique du Nord et dans les îles occidentales de l’Océan Indien. A titre d’exemple, une augmentation d’1 mètre du niveau de la mer submergeait 70% de la surface des Seychelles.
La dégradation de l’atmosphère, encore relativement faible sur le continent, pourrait en raison du taux d’urbanisation très élevé et de la prolifération de bidonvilles, et de l’utilisation des carburants sales (diesel, essence au plomb). L’air des villes d’Afrique du Nord, dotées de raffineries ou de centrales électriques fonctionnant au charbon, est particulièrement pollué, et les taux de concentration de soufre dans l’air sont, selon l’OMS, deux fois plus importants que la normale. Au problème de la dégradation de l’air s’ajoutent des problèmes d’insalubrité et de contamination des sols. La plupart des grandes villes africaines disposent d’infrastructures sanitaires défaillantes, voire inexistantes. A Yaoundé la capitale du Cameroun, de nombreuses collines artificielles ne sont que des stocks d’ordures non enlevées et non traitées.
Un autre problème majeur concerne la déforestation. De la savane ouverte aux forêts tropicales fermées, 22% de la superficie de l’Afrique sont couverts de forêt. Absorbant le dioxyde de carbone responsable du réchauffement climatique, protégeant et stabilisant les sols, recyclant les nutriments et régulant la qualité et l’écoulement des eaux, les forêts jouent un rôle primordial dans les grands équilibres écologiques mondiaux. Mais ce patrimoine naturel est menacé par la surexploitation du bois. Au cours des années quatre-vingt, l’Afrique a perdu 10,5% de ses forêts. Dans le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical dans le monde avec 150 millions d’hectares au total, 800 000 hectares de forêts sont détruit chaque année. Le déboisement lié à l’augmentation de la demande en terres agricoles, mais aussi en produits de bois, et surtout en bois de chauffe (parfois aussi à l’extraction de minerais comme le diamant). En Afrique, en effet, le bois représente 40% de la consommation d’énergie, et la promotion et le développement d’énergie renouvelable ne suffiront pas à freiner la déforestation, d’autant que celle-ci résulte largement des coupes illégales de bois. Tous les pays d’Afrique centrale sont concernés par ces pratiques destructives.
Pour mettre un terme à ce véritable fléau écologique et économique, les instances internationales souhaitent instaurer un système d’écocertification capable de garantir une exploitation durable des forêts tropicales. Seule la traçabilité permet de connaitre les conditions dans lesquelles du bois a été coupé, s’il vient d’une forêt bien gérée, c’est-à-dire où on replante, et sans faire des « coupes à blanc ». De même, pour protéger leurs forêts, de nombreux pays misent sur la création de parcs naturels : le Gabon a, par exemple, créé 13. Mais ces systèmes ne peuvent être efficaces que si les populations s’impliquent dans ces processus. A Madagascar, une « union forestière » regroupant une centaine de comités a assuré en quelques années la plantation de 200 000 arbres. En Guinée, au cœur de la région montagneuse du Foutah Djalon, les agriculteurs et éleveurs ont remplacé leur clôture en bois par des haies vives. Au Burkina Faso, pour juguler les feux de brousse qui détruisent l’environnement végétal, des « Comités de gestion des feux » ont été créés.
La graine de l’écologie politique est ainsi semée. La protection de l’environnement a permis une mobilisation de la société civile africaine qui, dans ce domaine, est de plus en plus active, à l’image notamment du réseau pour l’environnement et le développement durable en Afrique (ENDA) qui siège à Dakar (Sénégal). L’attribution du prix Nobel de la Paix 2004 à Wangari Maathai, militante écologiste kényane de 64 ans, à l’origine du Green Belt Movement (GBM, mouvement de la ceinture verte), en témoigne également. Composée à 90% de femmes, cette association née en 1977 a permis à cent mille femmes de planter 30 millions d’arbres. Ce mouvement a ensuite essaimé dans d’autres pays de la région (Tanzanie, Ouganda, Malawi, Lesotha, Ethiopie, Zimbabwe). 

Pourtant, sans un soutien des pays du Nord et des institutions financières internationales comme la Banque mondiale, des projets comme celui visant à construire une « muraille verte », allant de Dakar à Liibouti, pour stopper l’avancée du désert ne pourront se réaliser. La création d’Observatoire spécifique pour l’environnement et le développement durable destiné à l’Afrique, annoncé par la Commission européenne le 16 février 2005, risque de ne pas suffire, même si grâce aux informations provenant de satellites d’observation les Africains doivent être mieux dotés pour améliorer la gestion de leurs secteurs agricoles, forestiers ou hydrologiques. L’amélioration des conditions de vie dans les pays en développement passe nécessairement par une protection de l’environnement et une gestion durable des ressources naturelles, mais le développement est lui-même nécessaire à la préservation de la nature. Car, comme l’affirmait l’ancien Premier ministre Indira Gandhi, « la pauvreté est la forme la plus grave de pollution ».

Olivier Rabaey