EXPRESSION FRANÇAISE
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Document interdit
NB : Les deux questions sont à traiter obligatoirement
Texte de base
L’économiste est forcément impliqué dans la société où il vit. S’il a entrepris des études d’économie, c’est souvent parce qu’il se sent particulièrement concerné par elle – et parce qu’il veut l’améliorer. Ses opinions, ses croyances – son idéologie – vont le porter vers certaines théories plutôt que d’autres, qu’elles soient avec ou sans mathématiques. L’utilisation de ces dernières est toutefois souvent présentée comme la garantie d’une approche « non idéologique ».
Ce qui est absurde : tout modèle économique, mathématique ou pas, est construit sur la base d’un certain nombre d’hypothèses ayant une signification économique.
C’est là, et dans l’interprétation des résultats mathématiques, que se niche l’idéologie. Prenons le cas du modèle phare de l’économie mathématique le modèle dit de concurrence parfaite, déjà donné en exemple lors de la discussion du « comme si ». Ce modèle a pour hypothèse centrale que les agents (ménages et entreprises) sont « preneurs de prix » : ils ne proposent pas les prix (qui sont donc « donnés ») et ils pensent tous que leurs actions (offre ; demandes) ne vont pas avoir d’action sur eux. Il s’ensuit, forcément, qu’il doit exister quelqu’un qui propose des prix; que tout le monde connaît. Ce « quelqu’un » recueille ensuite les offres et les demandes aux prix proposés, puis fait varier ceux-ci jusqu’à ce qu’il trouve le prix égalisant les offres et les demandes globales (prix dit « d’équilibre »). En outre, les échanges « directs » entre ménages et entreprises sont interdits, y compris lorsque les prix d’équilibre sont connus. Si toutes ces conditions sont remplies l’équilibre (après échanges) est « optimal » ou « efficient » – propriété souhaitable, évidemment. C’est à ce stade qu’intervient l’idéologie de celui qui propose ce modèle : il va dire qu’il représente la «concurrence parfaite», le « marché idéal », à la fois « décentralisé » et sans Etat !Ce qui est complètement absurde : le modèle proposé n’a strictement rien à voir avec la concurrence et le marché, tels qu’on les entend habituellement (même si c’est de façon vague) : c’est un système très centralisé, où les agents n’ont que le droit de faire des offres et des demandes aux prix affichés, et où « quelqu’un » dicte toutes les règles (même si c’est en vue de leur bonheur).
Pourtant, presque tous les traités d’économie, orthodoxes ou hétérodoxes, reprennent l’absurdité selon laquelle la « concurrence parfaite » décrirait le marché idéal (ils divergent seulement sur l’importance des imperfections » qui peuvent affecter le résultat du modèle). Une telle attitude de la part de personnes si savantes – dont des prix Nobel d’économie – ne peut s’expliquer que pour des raisons idéologiques la croyance fortement ancrée que des marchés sans entraves, « parfaits », ne peuvent que conduire à un résultat « optimal ».
Or, comme celui-ci n’est possible qu’avec une forme d’organisation, très centralisée – où le « centre » fait, sans coût, tout le travail de coordination d’une multitude de choix individuels, on parlera malgré tout de « marché idéal » à propos de cette terme d’organisation. Vu que cela est quand même dur à faire avaler, les présentations usuelles du modèle dit « de concurrence parfaite donnent de celle-ci une version embrouillée – où il est fait allusion à « l’atomicité », la « transparence », la « libre entrée », « l’information parfaite », et à d’autres notions aussi vagues, sans contrepartie mathématique -, qui occulte sa principale caractéristique, celle qui fait qu’on est en présence d’un modèle sans intérêt, tout au moins si l’on prétend s’intéresser aux économies de marché: la centralisation (…).
Bernard GUERRIEN, Y a-t-il une science économique (L’Economie politique, n°022 – 04/2004)
Compréhension
Proposez un titre à cet extrait.
Dégagez la thèse de l’auteur.
Cernez l’extrait et précisez les arguments que Bernard Guerrien proposent pour appuyer ces réflexions sur l’économie.
Quels sont les exemples donnés pour bien illustrer ces propos.
Développement argumentatif
Joseph Stiglitz écrit, dans ses Principes d’économie « Le modèle concurrentiel de base de l’économie [la concurrence parfaite] […] ne fait pas intervenir les pouvoirs publics car, pour comprendre leur rôle dans l’économie, il est nécessaire d’étudier au préalable le fonctionnement d’une économie sans intervention de l’Etat. »
En partant d’une thèse que vous dégageriez de cette affirmation de Joseph Stiglitz, produire un paragraphe d’une quinzaine de lignes.
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